Un roi se promenait un jour dans les allées de son jardin. Avec surprise et tristesse, il s’aperçut que toutes les plantes dépérissaient.
Péniblement impressionné, il s’approcha d’un chêne qui s’élevait près de l’entrée du jardin. Quelle est donc, lui dit-il, la cause de ton dépérissement ? Ma langueur provient de ceci, c’est que ma cime ne s’élève pas droit vers le ciel, comme le sapin qui se dresse à mes côtés. Mais le sapin ne paraissait pas plus florissant. « Je suis accablé, disait-il, car je porte pas de grappes comme la vigne qui est à mes pieds ». La vigne à son tour murmurait : « il est vrai, disait-elle, que mes sarments sont chargés de fruits. Mais ils se traînent misérablement sur le sol, tandis que le grenadier, mon voisin dresse vers le ciel ses branches verdoyantes et ses merveilleux fruits écarlates ».

D’un arbre à l’autre, le roi recueillit les plaintes. Mais passant auprès d’un mur, il aperçut d’humbles violettes qui brillaient de tout leur éclat et dont le suave parfum embaumait le jardin.
- Et vous, leur dit le roi, vous n’avez pas des sujets de plainte ?
- Non, répondirent les modestes plantes. Puisque tu n’as fait de nous ni des chênes, ni des sapins, ni de la vigne, c’est que tu avais besoin de nos douces couleurs et de notre délicat parfum. Nous nous bornons à exhaler, et nous y trouvons notre joie.
L’humble violette avait trouvé le secret de la prospérité et du bonheur.