On approchait de Noël… Carine rentrait lentement de l’école et s’apitoyait sur son sort. Pourquoi ne pouvait-elle jamais avoir d’aussi jolies choses que Lise ? Oubliant sa belle robe neuve et le petit médaillon que Papa lui avait promis pour Noël, elle pensait constamment au sac de Lise. Il était bien attrayant ce petit sac jaune ! Mais le plus beau, c’était sa fermeture en forme de petite cage grillagée dans laquelle chantait un petit oiseau bleu chaque fois que l’on tournait la clef! Carine n’avait jamais vu un sac si merveilleux. Comme elle aurait voulu en avoir un semblable !

Soudain elle se frotta les yeux. Rêvait-elle ? Le sac de Lise était là par terre devant elle ! Elle le ramassa lentement. Mais comment était-il venu là ? Lise l’aurait-elle perdu ? Ses yeux brillaient de joie ; serrant le précieux objet dans ses mains, elle se mit à courir jusqu’à la maison et monta tout droit dans sa chambre. Elle tourna et retourna la clef sans se lasser d’entendre le chant mélodieux de l’oiseau. Et pourtant elle n’était plus aussi heureuse à mesure que le temps passait. Elle se sentait un peu coupable et pensait au désespoir de Lise d’avoir perdu son beau cadeau.

Maman L’appela pour souper, mais Carine n’avait pas faim, elle écoutait ce que disait Papa : Savez-vous que le commis de Mr BENSON a trouvé un chèque de 450 francs en balayant l’épicerie ? Il le porta immédiatement avant même que celui-ci s’aperçoive de sa disparition.
Sûrement que Papa a deviné mon secret ! pensa Carine, mais non, il s’adressait à Maman en parlant. Cela me surprend pas, répondit Maman, Henri est un garçon honnête en toute chose. Il fait toujours le poids quand il sert et donne toujours des denrées fraîches. Si quelqu’un est honnête dans les petites choses, il l’est aussi dans les grandes.

Carine faillit s’étouffer avec sa salade. Elle se souvenait de la grande carte des Dix commandements dans la salle de l’Ecole du Dimanche : Tu ne voleras pas ! Tu ne convoiteras pas ! Ces lettres semblaient la fixer dans les yeux. Dès la fin du repas, elle se précipita sur le téléphone et fit le numéro de Lise. C’est elle qui répondit. Sa voix semblait-elle triste, Carine en était pas sûre. Lise, dit-elle, j’ai trouvé ton sac cet après-midi en revenant de l’école, je viens te l’apporter Oh ! Quelle joie ! Cette fois-ci il n’y avait pas à s’y méprendre sur le ton de la voix de Lise, elle débordait de bonheur et de soulagement.

Je l’avais posé par terre avec mes livres pour mieux voir jouer les garçons jouer avec le ballon, puis j’ai oublié de le reprendre.

Lise vint ouvrir à Carine ! Viens, Maman a préparé des glaces ! Mais Carine fixait ses souliers. Merci, mais je ne mérite pas cela. Tu sais, j’avais tellement envie d’un sac comme le tien que, lorsque je l’ai trouvé, j’ai décidé de le garder. Seulement, c’est ma conscience qui ne m’a pas laissée tranquille. Pauvre Carine, elle faisait pitié. Lise lui mit ses bras autour de son cou.
Mais tu ne l’as pas gardé ! dit-elle avec instance. C’est le rôle de la conscience de nous aide à faire le bien. Viens avec moi dans la cuisine, les glaces doivent être prêtes… Comme elles étaient délicieusement fraîches, ses glaces !
Et dans son cœur, Carine sentit une douce chaleur. Quel merveilleux sentiment que celui d’avoir fait ce qu’il fallait faire !

Joyeux Noël