Comme il dînait un jour chez le baron James de Rothschild, le peintre français Eugène Delacroix confessa que depuis quelques temps, il cherchait en vain une tête qui pût lui servir de modèle pour un mendiant dans un tableau qu’il était entrain de peindre.
En regardant les traits de son hôte, il lui dit en plaisantant qu’il pourrait lui fournir le modèle désiré.
Grand amateur d’art, Rothschild consentit aussitôt à poser. Vêtu d’une houppelande, un bâton à la main, le banquier prit l’attitude d’un mendiant à la porte d’un temple romain.
L’artiste ayant été appelé au dehors, un élève favori du peintre entra dans l’atelier et s’entretint quelques instants avec le prétendu mendiant. Avant de sortir, pris de pitié pour son pauvre interlocuteur, il li glissa dans sa main une pièce de 40 sous.
Au retour de l’artiste, le banquier lui raconta l’aventure dont il venait d’être l’objet.
- Voyez, lui dit-il, la pièce que je viens de recevoir.
Le peintre exposa au Baron que l’élève avait du talent, mais peu de fortune et qu’il avait grand peine à assurer sa subsistance.

Quelques jours après, le jeune étudiant recevait une lettre de la banque Rothschild & Cie, l’invitant à venir toucher au guichet les intérêts de sa pièce de 40 sous. Il crut d’abord à une mystification. Mais quelle ne fut pas sa surprise, et sa joie lorsque passant à la banque, il reçut la somme de 10 000 Francs pour continuer ses études. Un bienfait n’est jamais perdu. La bonté rapporte un fort dividende.